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PORTRAIT
Édition N°1 · dimanche 7 juin 2026
11 avril 2026

Atelier Maurel, menuiserie d'art à Dijon depuis 1974

Quatre générations, deux compagnons du devoir, et l'une des trois médailles d'Or décernées cette année en Côte-d'Or.

Par Sarah Poitevin Vérifié le 23 avril 2026 Édition N°1

La rue des Perrières à Dijon ne paie pas de mine. Entre un garage et un magasin de carrelage, une large porte coulissante laisse apparaître, les jours d'ouverture, l'intérieur d'un atelier de 380 mètres carrés où l'odeur du chêne massif prend tout l'espace. Quatre machines à bois, trois établis, deux compagnons du devoir en blouse bleue et une femme en tablier de cuir qui parle vite et précis : Clémence Maurel, directrice depuis 2019 de l'atelier fondé par son arrière-grand-père en 1974.

Elle est la quatrième génération à tenir la boutique. Son arrière-grand-père Louis a ouvert l'atelier à la sortie de la guerre, travaillait surtout pour les chantiers de reconstruction publique. Son grand-père Bernard a repris dans les années 80, a introduit l'escalier en bois tourné qui est devenu la signature de la maison. Son père Yves a développé la clientèle particulière, haut de gamme, autour des maisons bourguignonnes de la région dijonnaise. Clémence a repris après son père, en 2019, à l'âge de 28 ans.

Un chantier sur deux refusé

On refuse un chantier sur deux. Pas par fierté. Parce qu'on a calculé qu'avec douze salariés et trois apprentis, on ne peut pas bien faire plus de quarante chantiers par an. Mal faire, ça coûte plus cher que perdre un client.

Clémence Maurel, directrice, lors de l'entretien du 8 avril 2026.

L'atelier Maurel produit entre 38 et 42 chantiers par an. Escaliers sur mesure, portes intérieures, parquets massifs, agencements. Les délais de pose tournent autour de six mois. Les devis sont signés avec un acompte de 25 %, jamais plus. Les paiements s'échelonnent sur trois phases : acompte, début de pose, réception avec réserve de 10 % pour les finitions à un mois. Toutes les conditions sont écrites sur devis. Nous avons pu consulter trois devis récents signés avec des clients particuliers : les clauses sont conformes, les numéros d'assurance décennale et RC professionnelle figurent sur chaque document.

Vérifications publiques et privées

L'attestation d'assurance décennale en cours de validité nous a été présentée, numéro de police 45 612 789, couverture France entière, activités déclarées : menuiserie du bâtiment, agencement, escalier. Trois clients finaux ont été contactés à notre demande, sans intervention de l'atelier dans la sélection : tous trois ont confirmé les délais annoncés, aucun n'a signalé de contestation post-livraison. Un des trois a mentionné une reprise de finition six mois après pose, effectuée gratuitement par l'atelier.

Côté registres publics, les vérifications corroborent. Qualibat activité n°2232 (menuiserie intérieure) délivrée depuis 2009, renouvelée tous les quatre ans sans interruption. Dépôts de comptes annuels réguliers au BODACC depuis 2012, dernier dépôt en septembre 2025. Aucune procédure collective dans l'historique. Sirene actif, catégorie PME, tranche d'effectif salarié : 10 à 19 salariés.

Deux compagnons, trois apprentis

Sur les douze salariés de l'atelier, deux sont compagnons du devoir du tour de France. L'un a terminé son tour en 2014, rejoint l'atelier Maurel en 2017, enseigne aujourd'hui l'escalier tourné aux trois apprentis de la maison. L'autre, plus jeune, est arrivé en 2023 après un tour achevé à Strasbourg. Les trois apprentis sont en CAP menuisier alterné avec le CFA de Dijon. L'atelier participe depuis 2016 au programme de transmission des savoirs manuels porté par la région.

La place sur le marché

Le positionnement de l'atelier est clair : particuliers haut de gamme, maisons bourguignonnes de caractère, escaliers sur mesure et agencements pièce par pièce. Les tickets moyens tournent autour de 14 000 euros pour une porte intérieure sur mesure complète, 25 000 à 70 000 euros pour un escalier selon la complexité. Le prix est supérieur de 30 à 40 % à la moyenne régionale pour des prestations équivalentes en grande surface de bricolage ou chez un artisan moyen. La clientèle, nous confirme Clémence Maurel, s'en soucie peu : elle vient d'elle-même, sur recommandation, et reste sur la qualité du produit fini.

Depuis 2024, un retour sensible s'opère : de plus en plus de clients privilégient l'artisan local expérimenté plutôt que les enseignes grand public. Le bouche-à-oreille reste le premier canal d'acquisition. L'atelier n'a pas de site web , tout passe par téléphone, rendez-vous, visite. Clémence ne prévoit pas d'en faire : trop de demandes tuerait la qualité. C'est peut-être l'argument le plus rare qu'on puisse entendre chez un artisan aujourd'hui.

Pourquoi Lauréat ?

  • 52 ans d'activité Sirene continue, transmission familiale intacte sur quatre générations.
  • Qualibat activité 2232 renouvelée tous les quatre ans depuis 2009, sans interruption.
  • Dépôts de comptes réguliers au BODACC depuis 2012 , transparence fiscale établie.
  • Attestation d'assurance décennale en cours de validité vérifiée sur place.
  • Trois clients finaux interrogés confirmant délais et qualité, reprise gratuite attestée.
  • Deux compagnons du devoir en activité, trois apprentis en formation.

Atelier Maurel reçoit la médaille d'Or de l'édition d'avril 2026 de L'Observatoire des Pros. Le portrait est archivé indéfiniment. Si les conditions qui fondent la distinction cessent , changement de dirigeant, perte de qualification, procédure collective , le statut sera révisé dans l'édition suivante. La rédaction visitera l'atelier à nouveau en avril 2027 pour le ré-examen annuel.